Les bricoleurs de l’éducation (2ème partie)

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By adubuquoy@image7.fr mai 29, 2024

Les dédales de l’innovation

Il faut donc innover pour permettre d’éduquer mieux, plus longtemps, partout. L’éducation est d’abord un bien public (public good) et les États se sont arrogé la mission d’assurer à tous un accès large et égalitaire aux savoirs. La plupart des États ont montré les difficultés à remplir cette mission. L’innovation et l’adaptation semblent antinomiques avec le fonctionnement même des systèmes éducatifs. Des ressources importantes sont allouées dans un gigantesque réseau de tuyaux débouchant après de multiples dédales dans les salles de classes. La gestion d’une telle infrastructure s’est avérée de plus en plus complexe ; les besoins de gestion et d’évaluation ont progressivement empiété sur le temps éducatif et imposé une lourdeur administrative jugée nécessaire pour rendre compte de l’impact de l’énorme investissement consenti au nom des contribuables. Le métier d’enseignant a progressivement été dévalorisé dans de nombreux pays avec des formations, des salaires et un statut qui ne permettent plus de recruter les meilleurs pour la tâche fondamentale d’éduquer.

Pourtant de nouveaux modèles éducatifs émergent dans certains pays en Europe et en Asie, favorisant l’autonomie des écoles et des enseignants donc une moindre pression de l’administration centrale, la recherche de solutions pédagogiques au plus près des besoins de chaque élève, une plus grande mixité sociale imposée, la reconnaissance des enseignants par le salaire et le statut et l’utilisation « intelligente » des solutions digitales.

Qu’en est-il de la technologie souvent présentée comme la clé d’une révolution éducative ? En quoi les technologies digitales peuvent-elles contribuer à résoudre les problèmes structurels des systèmes éducatifs dans les pays qui expérimentent une dégradation progressive des conditions d’apprentissage et d’enseignement et aider ceux qui souffrent d’un problème d’accessibilité aux ressources et au soutien pédagogique ?

Il y aurait une corrélation positive entre l’intégration des technologies digitales dans les techniques d’apprentissage et les performances des élèves mais dépendante du temps passé sur ces solutions digitales. Les tests PISA montrent que l’utilisation de ressources et supports digitaux pendant 1 heure dans l’apprentissage des mathématiques a une influence positive sur les performances. Dans le même temps, l’usage prolongé au-delà de deux heures de ces technologies à usage de loisir a une influence négative sur les performances des élèves et le caractère addictif de l’utilisation du téléphone portable provoque une montée de l’anxiété et est une cause de distraction.

Faut-il bien plus de numérique ? 

C’est tout l’intérêt de l’edtech que de proposer des nouvelles solutions numériques répondant un ample spectre des besoins éducatifs et permettant d’améliorer les ressources pédagogiques, de faciliter la gestion des établissements, de mieux évaluer les compétences et in-fine de favoriser l’apprentissage à tous les âges de la vie. Les entrepreneurs edtech constituent une communauté hétéroclite d’enseignants, de parents, de programmeurs… exprimant des intérêts divers pour l’éducation et animés d’une volonté d’innovation.

Intéressons-nous à l’enseignement obligatoire, ce que les anglo-saxons appellent K12. Les entrepreneurs edtech résument souvent en une image le besoin d’innovation en éducation : un enfant endormi sur une table de classe ou baillant aux corneilles en attendant la fin du cours. L’éducation serait donc ennuyeuse voire rébarbative ce qui expliquerait le désintérêt des élèves, le décrochage scolaire et à terme l’inadéquation entre les compétences acquises et celles demandées sur le marché du travail. Cette image n’est pas neuve. Le photographe français Robert Doisneau en a tiré une de ses photos les plus célèbres dans les années 1950.

L’innovation en éducation consisterait donc à rendre l’éducation « stimulante », « divertissante », « participative », « personnalisée ». Les enseignants disposeront de plus de temps pour l’interaction directe avec leurs élèves, se doteront de ressources pédagogiques plus engageantes pour les élèves et faciles à créer, utiliseront des données d’évaluation personnalisées en temps réel pour mieux répondre aux besoins de chaque élève, pourront communiquer aisément avec les familles et les élèves en dehors du temps scolaire et répondre en un clic aux exigences administratives de la direction de l’établissement. Le numérique pourra ainsi révolutionner l’éducation et remplir la double promesse d’impact social et d’impact économique.

(à suivre)

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